Chapitre 3


Nèjda traversa la cour de la ferme ; Efa l'aperçut de la fenêtre de la chambre des Varde, au premier étage, alors qu'elle secouait les draps. Elle descendit aussitôt rejoindre son amie.

Très brune, les cheveux bouclés, particulièrement longs, retenus par une natte qui lui descendait bien au-dessous de la taille, franchement jolie avec ses grands anneaux dorés aux oreilles et sa robe rouge à volants, Nèjda, qui avait un an de plus qu'Efa, était turque ; sa famille était venue en France chercher du travail alors qu'elle n'avait que trois ans. Grâce à l'école publique qu'elle avait fréquentée dès la maternelle, Nèjda parlait notre langue sans aucun accent, bien mieux et avec beaucoup plus d'aisance que ses parents qui avaient appris le français dans l'usine où, depuis des années, ils assemblaient des moteurs de machines à laver.

Efa accueillit son amie sur le perron, en l'embrassant, comme de coutume, quatre fois. Elles allèrent directement dans la petite pièce qui servait de chambre à Efa, chaque fois qu'elle venait ici.

- Que fais-tu avec tous ces livres et ces cartes ? demanda Nèjda en enjambant toute cette documentatio qu'Efa avait étalée un peu partout directement à même le sol.
- Tu sais, avec les Varde, nous essayons de retrouver les anciens propriétaires de cette ferme, les Karayiannis.
- Ce sont des Grecs, non ?
- Oui... Et autant chercher une aiguille dans une botte de foin... Ils habiteraient dans un village, construit dans la montagne, pas loin de la mer, entre Thessalonique et Athènes...
- Mais... Comment veux-tu trouver cela ? Vous n'avez pas d'autres indications ?... Des villages construits dans la montagne, pas loin de la mer, ce n'est vraiment pas rare en Grèce !

Nèjda s'assit à côté de son amie et feuilleta un des nombreux livres qui étaient là, sur le tapis ; puis elle en prit un autre, puis encore un autre. Le dernier qu'elle était en train de consulter portait le titre : "Golfe de Volos" et en sous-titre : "Maisons du Pélion".

- Tiens, c'est amusant, dit Nèjda, figure-toi que c'est dans cette région de la Grèce qu'un de mes ancêtres est né. Tu sais, à cette époque-là, les Turcs l'occupaient ; ils l'avaient envahie au XV ème siècle... Tu as une carte de Grèce ? Ah ! Attends ! Il y en a une dans ce livre, ajouta-t-elle en tournant les pages. Encore mieux, il y a une carte représentant uniquement le golfe de Volos et le Mont Pélion... Regarde, c'était ici !

Nèjda pointa l'index pratiquement au centre de cette grande presqu'île, sur un nom : Miliès.

- Tes ancêtres sont restés longtemps à Miliès ? demanda Efa.
- Plusieurs années... Mais, un jour, ils ont dû partir car les habitants se sont révoltés contre les occupants. D'ailleurs, tout à commencé dans ce village... Les Turcs...

Paul Varde s'excusa d'interrompre Nèjda et, visiblement très heureux d'annoncer une bonne nouvelle, lança :

- Il me semble avoir trouvé le village où habiteraient les Karayiannis ! Entre Thessalonique et Athènes, pas loin de la mer, dans la montagne, très connu des Grecs parce que c'est là que l'insurrection contre les Turcs a été organisée et que la révolution a été proclamée devant son église le 7 mai 1821, ce village s'appelle...

- Miliès ! s'exclamèrent ensemble les deux filles, pas mécontentes de l'effet produit.

 

 

     
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