Chapitre 4


Il faisait un temps splendide sur Baden-Baden lorsque Marc, assis sur un banc, son vélo posé contre le parapet du petit pont qui enjambe l'Oos, ouvrit pour la troisième fois la lettre qu'Efa lui avait envoyée.

"... et j'espère que tu nous accompagneras en Grèce ! " écrivait-elle pour terminer, juste avant de signer " éfa ", comme d'habitude sans majuscule.

Lorsqu'il avait dû redoubler et que ses parents avaient choisi de l'inscrire dans un autre collège, Marc s'était senti très malheureux à l'idée de vivre loin de ses amis et, surtout, il avait immédiatement pressenti qu'Efa lui manquerait énormément.

Le garçon se leva doucement, plia la lettre et la remit dans son enveloppe ; machinalement, il porta celle-ci jusqu'à ses narines pour vérifier si un parfum... mais rien que l'odeur du papier...

Il se consola en allant se choisir une glace, avec trois énormes boules, au Café italien d'en face.

Une semaine plus tard, Nèjda, Efa, Frédiv, Marc et Toulaki débarquèrent avec Anne et Paul Varde à Igouménitsa, après une nuit en bateau entre l'Italie et la Grèce. La traversée avait été un peu agitée parce que Toulaki, le chat d'Efa, qui avait profité des longues heures de route en Italie pour dormir profondément, calé entre deux gros sacs, s'était réveillé en pleine forme à Brindisi où les attendait un ferry d'une compagnie grecque et qu'il avait exercé ses talents d'acrobate sur les rideaux et les dossiers des sièges dans la grande salle commune où tentaient de dormir, dans toutes les positions, au milieu des coups de feu du western qui passait à la télévision et des pleurs des enfants, des voyageurs exténués par la journée précédente.

Sous un soleil de plomb, un autocar pittoresque, fenêtres entrouvertes et rideaux au vent, les conduisit par une route de montagne, longue et sinueuse, jusqu'à Kalambaka ; là, ils descendirent du véhicule juste devant la pancarte qui indiquait les " Météores ", étranges monastères perchés sur des pitons rocheux dressés entre les masses montagneuses de Pinde et d'Antichassia, au bord de l'immense plaine thessalienne, curiosité célèbre que les touristes du monde entier venaient consciencieusement visiter.

Ils passèrent une grande partie de l'après-midi à essayer de rattraper Toulaki qui, vraisemblablement conscient de la beauté sauvage du site, tenait à montrer au groupe que ses origines en partie grecques lui donnaient ici tous les droits ; Toulaki, en effet, dont la mère, une chatte adorable venant de Loka, un petit village de Slovénie proche de la frontière autrichienne, avait voyagé jusqu'en Grèce dans la caravane d'une famille française habitant en Allemagne, avait aux dires des personnes qui l'avaient offert à Efa, un père tout ce qu'il y a de plus grec. Toulaki, " le petit Toula ", avait hérité par erreur, à sa naissance, d'un prénom féminin, ce qui ne l'avait, jusque-là, jamais vraiment dérangé.

Après la visite de deux des plus beaux monastères et une nuit paisible dans un des nombreux terrains de camping situé au pied des gigantesques rochers, ils reprirent leur route pour le Golfe de Volos, où quelque part dans la montagne, le petit village de Miliès recelait sans doute le mystère de la ferme d'Anne et Paul Varde et celui, peut-être aussi, des Karayiannis.

 

 

 

     
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